Les Pieds sur Terre, un podcast sensible à écouter sans modération sur France Culture.
Il y a des récits qui ne quittent pas. Parce qu’ils révèlent, sans effet, ce que tant d’années de discours peinent à dire : la fragilité de nos politiques de protection, et la force silencieuse de ceux qui tiennent encore debout, par loyauté, par humanité.
L’émission Les Pieds sur terre, signée Anna Benjamin et diffusée sur France Culture, raconte ce vendredi 3 octobre, l’histoire de Mickaël et de son éducateur, Julien. Celle d’un jeune homme confié à l’Aide sociale à l’enfance depuis ses deux ans, et d’un professionnel qui, au-delà de sa mission, choisit de ne pas détourner le regard.
Une jeunesse abîmée, une société absente
Mickaël a grandi dans les interstices du système. Foyers, hôpitaux, familles d’accueil, hôtels… À chaque étape, la même promesse d’un “projet” et la même issue : l’exclusion, la rupture, la rue. À dix-huit ans, il est déclaré majeur, donc autonome. Mais l’autonomie sans toit ni lien est une fiction. Ce qu’évoque cette demi-heure d’écoute, c’est l’instant précis où la protection s’arrête : un rendez-vous, une phrase tombée d’en haut, et puis, un jeune qui se retrouve seul, à la porte du monde.
Ce basculement, je l’ai souvent entendu, parfois observé. Ce n’est pas seulement l’échec d’une prise en charge : c’est le révélateur d’une société qui fabrique de l’abandon. Un quart des personnes sans-abri nées en France sont d’anciens enfants placés. Derrière ces chiffres, il y a des visages, des prénoms, des professionnels qui s’épuisent à réparer les trous d’un filet qui ne protège plus.
“ Finalement, les fous ne sont peut-être pas les jeunes qu’on encadre, mais la société qui les gère. ”
L’éducateur, la désobéissance du lien
Julien n’a pas fait l’école du social. Il est venu par hasard, est resté par conviction. Son rôle officiel : surveiller les jeunes logés à l’hôtel. Son rôle tel qu’il le conçoit : être là, coûte que coûte. Quand il rencontre Mickaël, il reconnaît un jeune cabossé, impulsif, inquiet, mais vivant. Alors il transgresse : il avance les repas, cherche des solutions, veille, soutient.
Il entend qu’il “ne faut pas trop s’attacher”. Mais comment grandir sans attachement ?
Lorsque le contrat jeune majeur de Mickaël est rompu, Julien refuse de se résoudre à cette décision. Il accompagne, proteste, écrit, cherche.
La question du soin et du lien
Ce qu’ont entend dans ce récit, c’est la part de soin invisible que portent ces professionnels du quotidien. Ceux qu’on mandate pour “encadrer” mais qui, en réalité, pansent. Leur présence se mesure aussi en indicateurs et en lignes budgétaires, mais elle ne s’y limite pas. Elle se mesure en regards, en gestes, en nuits blanches, en refus de l’indifférence.
« Au milieu du vacarme administratif, il existe encore des liens qui résistent — discrets, têtus, profondément humains »
À bientôt pour d’autres histoires en lumière — celles qui relient, apaisent et font respirer le monde.



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