Les filles d’Olfa
Se raconter pour ne plus subir
Ce mois-ci, je vous partager un documentaire qui parle d’écriture, de mémoire et de réparation. Parce que derrière chaque récit, il y a ce même élan : comprendre, transmettre, et continuer à vivre.

Il arrive qu’un film réveille quelque chose de profond. Les filles d’Olfa, de Kaouther Ben Hania, est de ceux-là.
À partir d’un drame familial, la réalisatrice crée un dispositif bouleversant : Olfa et ses filles rejouent leur propre histoire, accompagnées d’actrices. Entre documentaire et théâtre intérieur, elles revisitent le passé, le rejouent, le réparent. Quand une parole se dépose, quelque chose s’apaise. Quand une histoire se raconte autrement, un sens nouveau peut surgir. Raconter, c’est se souvenir — se réapproprier sa vie, trouver la force d’en faire un récit, et parfois, y découvrir la lumière.
« Raconter, c’est déjà guérir un peu »
Sous le drame, une société tout entière
Les filles d’Olfa raconte la trajectoire d’une famille et dévoile, en creux, un portrait de la société tunisienne contemporaine. À travers la disparition de deux jeunes femmes parties rejoindre Daech, le film interroge la place des femmes, les héritages éducatifs, les fractures entre générations, et le poids d’un patriarcat encore omniprésent, où l’absence ou la violence des hommes pèse lourdement.
Loin du discours politique, Kaouther Ben Hania fait de cette histoire un miroir intime et universel : celui des transmissions contraintes, des blessures intimes, des silences accumulés — et de la nécessité vitale, pour chacune, de trouver sa voix propre.
Le film comme véritable acte de vérité.
Ce qui donne au documentaire un caractère inédit et bouleversant, c’est son dispositif audacieux et profondément humain. En faisant rejouer à Olfa et à ses deux filles leur propre histoire aux côtés d’actrices, la réalisatrice invente une forme hybride, entre cinéma, théâtre et psychanalyse collective. Les émotions surgissent à nu — parfois dans la douleur, parfois dans le rire ou la tendresse — parce que le jeu devient un lieu d’expérience sensible, un territoire où l’intime peut enfin se dire. La caméra ne vole rien : elle accompagne. Elle devient témoin d’une reconstruction par la parole et la présence, jusqu’à atteindre un degré d’émotion rare.

« Le film crée un espace de parole inédit : où rejouer, c’est à la fois revivre et se délivrer. »
🎥 Les filles d’Olfa, réalisé par Kaouther Ben Hania
Disponible en ce moment sur Arte.
À bientôt pour d’autres histoires en lumière — celles qui relient, apaisent et font respirer le monde.

Octobre 2025 |


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