A propos du documentaire Héroïne, le temps des seringues
LSD – La série documentaire. Un documentaire d’Hajer Ben Boubaker, réalisation Gilles Blanchard.
Une histoire française, invisible et douloureuse
Entre les années 1970 et 2000, l’héroïne a traversé la France comme une ombre. Elle a tué plus de 40 000 personnes, selon les estimations, mais son histoire reste peu racontée. Dans les quartiers populaires, surtout dans les familles issues de l’immigration maghrébine, elle a laissé des traces profondes — deuils, silences, culpabilité.
Ce documentaire de France Culture, signé Hajer Ben Boubaker, fait résonner ces voix longtemps effacées. Il donne à entendre une autre mémoire : celle de la banlieue, des ouvriers, des enfants de la désindustrialisation et du racisme ordinaire. Une mémoire où l’on découvre que, derrière les statistiques, se cache une catastrophe sociale et politique.
L’héroïne, symptôme d’un abandon
Ce documentaire met en lumière un drame longtemps enfoui sous la honte, la peur et les préjugés. L’héroïne, “fléau du siècle”, a surtout frappé les milieux populaires, et plus particulièrement les enfants de l’immigration maghrébine. Dans ces quartiers où les morts s’enchaînaient, les mots manquaient : on cachait, on taisait, on survivait.
Hajer Ben Boubaker donne à entendre ces voix longtemps tues — celles des familles, des survivants, des soignants — et montre combien la parole, même tardive, peut devenir un acte de réparation. Ce que la société n’a pas su dire à l’époque, la radio le raconte aujourd’hui, dans une forme d’écoute juste et nécessaire.
« Écouter ces voix, c’est reconnaître les vies qu’on n’a pas su raconter. »
Une mémoire collective à transmettre
Ce que ce documentaire accomplit est essentiel : il redonne parole et dignité à ceux que le silence a effacés. Les voix qui s’y croisent ne réclament pas la compassion, mais la reconnaissance. C’est un travail d’histoire, de soin, et de mémoire collective.
Dans un pays où tant de destins populaires restent sans récit, cette série radiophonique agit comme une réparation sonore.
La parole comme réparation
L’héroïne a volé des vies, mais le silence a volé les mots. Et c’est peut-être cela que ce documentaire contribue à réparer : nous invitant à écouter ce que l’histoire a laissé derrière elle.
« Parce qu’écouter,c’est déjà commencer à rendre justice»
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